L'essentiel. Le crédit lombard est un prêt garanti par le nantissement d'un portefeuille financier (compte-titres ou contrat d'assurance-vie). La banque prête un pourcentage de sa valeur selon le risque des actifs, d'environ 40 % sur le bitcoin à 90 % sur des obligations d'État. Non affecté, à taux variable et généralement remboursable in fine, il expose à un appel de marge si les marchés baissent : on n'emprunte jamais au maximum autorisé.
« Les riches vivent à crédit et ne paient jamais d'impôts. » La formule circule beaucoup, et elle repose sur un outil bien réel : le crédit lombard. Mais elle en donne une image déformée. Bien utilisé, le crédit lombard est un formidable accélérateur de patrimoine. Mal dosé, il peut tout détruire.
Christophe Faglin a structuré des crédits lombards pendant plus de quinze ans pour des familles, des holdings et des family offices. Voici comment il fonctionne réellement.
Le principe
Le crédit lombard est né en Lombardie, au nord de l'Italie, au Moyen Âge. Il repose sur une logique radicalement différente du crédit immobilier français.
Pour un crédit immobilier, la banque regarde votre taux d'endettement et le bien que vous achetez.
Pour un crédit lombard, elle regarde deux autres choses :
- combien vous placez et apportez en garantie ;
- quel risque présente ce placement.
Techniquement, il s'agit d'un nantissement de titres financiers : votre portefeuille (compte-titres ou contrat d'assurance-vie, souvent luxembourgeois) sert de garantie au prêt.
Un exemple concret
Vous placez 1 250 000 € dans un contrat d'assurance-vie luxembourgeois : 50 % en obligations, 50 % sur un grand indice actions mondial.
- Sur la poche obligataire, peu risquée, la banque peut prêter jusqu'à 85 %.
- Sur la poche actions, jusqu'à 75 %.
- En moyenne : 80 %, soit 1 000 000 € de capacité d'emprunt.
Vous gardez vos 1 250 000 € investis, et vous disposez en plus d'un million d'euros.
Ce que l'on peut apporter en garantie
La banque privilégie les actifs cotés et liquides. Plus l'actif est prudent, plus le ratio de financement est élevé. Ordres de grandeur couramment observés :
| Actif apporté en garantie | Ratio de financement indicatif |
|---|---|
| Fonds en euros | 80 % à 95 % |
| Obligations d'État | jusqu'à 90 % |
| Grandes capitalisations (type LVMH) | 70 % à 80 % |
| ETF et actions diversifiées | 50 % à 75 % |
| Cryptomonnaies (via ETF) | 30 % à 50 % (environ 40 % sur le bitcoin) |
Un portefeuille concentré sur une seule ligne obtient un ratio plus faible qu'un portefeuille diversifié. L'immobilier, lui, ne s'apporte pas en garantie d'un crédit lombard : on parle alors de prêt hypothécaire.
Le grand atout : un crédit non affecté
Un crédit immobilier finance un bien précis, et les fonds sont versés chez le notaire. Le crédit lombard est sans destination : vous utilisez l'argent comme vous le souhaitez.
Cela ouvre de nombreuses possibilités :
- augmenter la somme investie et transformer l'effet boule de neige en effet avalanche : si vous empruntez à 3,5 % et placez à 8 %, vous vous enrichissez avec de l'argent qui ne vous appartient pas ;
- financer de l'immobilier là où une banque classique ne vous suivrait pas (non-résident, jeune dirigeant sans bilans, taux d'endettement atteint) ;
- éviter un frottement fiscal : un dirigeant qui a de la trésorerie dans sa société mais besoin de liquidités personnelles peut emprunter au lieu de se verser un dividende immédiatement taxé (le crédit devra être remboursé, mais l'impôt est différé) ;
- financer une opération courte de marchand de biens ;
- investir dans des entreprises, à titre personnel ou via une holding.
Une stratégie astucieuse consiste à apporter en garantie un portefeuille prudent, qui offre un ratio élevé, pour investir le crédit sur des actifs plus dynamiques (actions, private equity, voire une petite part de crypto). On obtient une capacité d'emprunt plus forte que si l'on nantissait directement des actifs risqués.
Taux, durée et remboursement
Le crédit lombard est généralement à taux variable, ce qui surprend souvent les investisseurs français. Le taux se compose :
- d'un indice de référence, souvent l'Euribor 12 mois ;
- d'une marge bancaire, autour de 1,5 %, plus faible si vous confiez la gestion de vos placements à la banque.
Courant 2025, cela donnait un taux d'environ 3,5 %, révisé tous les douze mois.
Le crédit est en général in fine : vous ne payez que les intérêts, et le capital est remboursé à l'échéance. Vous pouvez rembourser à tout moment, par exemple si les taux montent trop par rapport à ce que rapportent vos placements.
La plupart des offres ont une durée de 1 à 4 ans, renouvelable si la banque l'accepte. Certaines offres, comme celles auxquelles a accès PLT Family Office grâce à l'effet volume d'un multi family office, n'ont pas de date de fin tant que les conditions de la banque sont respectées. Cela ouvre la porte à des stratégies de long terme.
Pour la fiscalité des intérêts à payer, il peut être judicieux de vendre en priorité des lignes en moins-value, qui ne génèrent pas d'impôt. Sur un compte-titres, une moins-value réalisée est reportable pendant dix ans.
Le risque : l'appel de marge
C'est la question que tout le monde se pose : et si le marché chute de 40 % ?
Reprenons l'exemple. La banque a prêté 1 000 000 € sur 1 250 000 € placés, soit un ratio de 80 %. Les marchés baissent, votre placement tombe à 1 000 000 €. Le ratio n'est plus respecté. La banque vous appelle : c'est l'appel de marge. Vous devez :
- soit compléter le placement de 250 000 € pour revenir à 1 250 000 € ;
- soit rembourser 200 000 € pour ramener le prêt à 80 % du placement.
Si vous ne pouvez pas, la banque rend le crédit exigible et vend vos titres. Dans un scénario à -40 %, votre placement ne vaut plus que 750 000 €. Vous avez perdu votre capital et vous devez encore 250 000 € à la banque, plus les intérêts.
Mal dosé, le crédit lombard peut être létal. C'est comme un ingrédient en cuisine : excellent à bonne dose, il gâche le plat si l'on en met trop.
Ce scénario de krach, les ratios de financement et les cas d'usage concrets sont au cœur de Crédit Lombard Explication : Comment les Riches Vivent Éternellement à Crédit sans payer d'impôts, un entretien entre Christophe Faglin et Rémi de Truchis de Varennes publié sur la chaîne Parlons Long Terme.

Les deux marges de sécurité
Pour l'utiliser sereinement, il faut s'imposer deux marges.
1. Ne jamais nantir tout son patrimoine. Demandez-vous : si mon placement en actions fait -50 %, le reste de mon patrimoine me permet-il de faire face à un appel de marge ?
2. Ne jamais emprunter au maximum autorisé. Si la banque prête 70 % sur des actions, retenez plutôt 40 à 50 %. On finit toujours par sortir des crises. Il faut juste se donner le temps de les traverser.
Et une règle de bon sens : votre placement doit rapporter plus que le coût du crédit. Nantir des fonds en euros à 3 % pour emprunter à 3,5 % n'a aucun intérêt.
Peut-on vraiment « vivre à crédit sans payer d'impôts » ?
C'est le mythe le plus répandu. En théorie, on pourrait emprunter chaque année pour financer son train de vie, sans jamais vendre ni payer d'impôt. En pratique, il faut un patrimoine très élevé, de l'ordre de 8 à 10 millions d'euros, pour en tirer un revenu décent avec une marge de sécurité suffisante. Et à ce niveau, le rendement du capital suffit généralement.
La vraie fonction du crédit lombard est ailleurs : c'est un accélérateur. Quelqu'un qui a dix, quinze ou vingt ans devant lui pour se construire une liberté financière peut, dès le départ, faire travailler une somme supérieure à celle qu'il possède, investie selon une allocation diversifiée.
À partir de quel montant ?
- Personnes physiques comme sociétés (holdings) y ont accès, sous réserve que l'usage soit économiquement justifié et que les statuts le permettent.
- On trouve de bonnes conditions à partir d'environ 400 000 € empruntés, soit 600 000 à 700 000 € placés.
- Pour des montants plus modestes, dès 300 000 € placés, des solutions d'avance permettent d'utiliser une bonne partie de ces mécanismes.
- Le crédit lombard n'est pas proposé, à notre connaissance, sur un PEA ou un plan d'épargne retraite.
Les questions à poser à votre banque
- Quel est l'indice de référence et la marge ?
- Quelle est la durée du crédit, et est-il renouvelable ?
- Quels ratios s'appliquent à chaque classe d'actifs ?
- À quel seuil se déclenche l'appel de marge, et quel délai pour y répondre ?
- Dois-je confier la gestion de mes placements à la banque pour obtenir ces conditions ?
En résumé
- Le crédit lombard permet d'emprunter en nantissant ses placements, sans les vendre.
- Il est non affecté, à taux variable, généralement in fine.
- Son risque majeur est l'appel de marge : on n'emprunte jamais au maximum, et on ne nantit jamais tout.
- C'est un accélérateur de patrimoine, pas une façon de vivre sans impôts.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un crédit lombard ?
Un prêt accordé en contrepartie du nantissement d'un portefeuille de titres ou d'un contrat d'assurance-vie. Le montant dépend de la valeur et du risque des actifs nantis, pas du taux d'endettement.
Combien peut-on emprunter avec un crédit lombard ?
Selon les actifs : jusqu'à 90 % sur des obligations d'État, 70 à 80 % sur de grandes capitalisations, 50 à 75 % sur des ETF et actions diversifiées, environ 40 % sur le bitcoin. Il est prudent de rester nettement en dessous.
Qu'est-ce qu'un appel de marge ?
Si la valeur du portefeuille baisse sous le ratio convenu, la banque demande de compléter la garantie ou de rembourser une partie du prêt. À défaut, elle peut vendre les titres.
Quel est le taux d'un crédit lombard ?
Il est en général variable : un indice comme l'Euribor 12 mois plus une marge bancaire d'environ 1,5 %, révisé chaque année.
À partir de quel montant obtient-on un crédit lombard ?
Les bonnes conditions commencent autour de 400 000 € empruntés, soit 600 000 à 700 000 € placés. Des solutions d'avance existent dès 300 000 € placés.
Sources
- European Money Markets Institute, taux Euribor (emmi-benchmarks.eu)
- Articles L. 211-20 du Code monétaire et financier et 2355 du Code civil (nantissement)
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À propos de l'auteur
Sébastien Valton est cofondateur de PLT Family Office et conseiller en investissements financiers (CIF). Référent en stratégie de portefeuille et spécialiste de l'analyse fondamentale, il pilote les recommandations en stock picking small cap value et l'étude des portefeuilles en titres vifs. Voir sa page auteur.
Contenu à visée pédagogique, ne constituant pas un conseil en investissement. L'utilisation de l'effet de levier comporte un risque de perte supérieure au capital investi.
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