L'essentiel. Pour aborder la succession avec ses parents, le plus simple est de leur proposer un audit patrimonial global plutôt qu'un audit successoral : la transmission y est abordée naturellement. Avec ses enfants, il n'y a pas de règle unique, mais expliquer ses choix évite les malentendus. Une stratégie de transmission se revoit environ tous les cinq ans.
On peut passer des années à construire un patrimoine et ne jamais prendre deux heures pour organiser sa transmission. Ce n'est pas une question de compétence. C'est une question psychologique. Parler de succession, c'est parler de la disparition de ses parents, ou de la sienne. Beaucoup préfèrent repousser.
Le coût de ce silence se chiffre pourtant souvent en centaines de milliers d'euros, et parfois en conflits familiaux qui durent une génération.
Pourquoi tant de familles attendent trop longtemps
Deux raisons reviennent sans cesse :
- « On a le temps. » La transmission semble une affaire de fin de vie. C'est faux : les outils les plus efficaces (démembrement, abattements renouvelables tous les 15 ans) sont d'autant plus puissants qu'on les utilise tôt.
- Le malaise. Même les professionnels du patrimoine le ressentent quand il s'agit de leurs propres parents. Christophe Faglin, qui accompagne des familles depuis plus de quinze ans, le reconnaît : avec ses proches, il n'aborde jamais le sujet de lui-même et attend qu'ils viennent vers lui.
Or la France favorise ceux qui anticipent. Et si vous ne choisissez pas vos héritiers, la loi le fait pour vous. Voir qui hérite si rien n'est prévu.
Avec ses parents : parler de patrimoine, pas de succession
Le conseil le plus utile est aussi le plus simple : ne parlez pas d'audit successoral, parlez d'audit patrimonial.
Proposer à ses parents de faire le point sur leur patrimoine au sens large (placements, fiscalité, protection du conjoint) est beaucoup plus facile à entendre que de leur parler de leur succession. Lors d'un audit patrimonial, le conseiller présente l'ensemble des sujets sur lesquels il peut apporter de la valeur : l'allocation des placements, et la transmission. Si vos parents sont intéressés, ils aborderont eux-mêmes le sujet. Vous n'aurez pas eu à leur dire « il faudrait que tu prépares ta succession ».
Ce conseil est développé, avec l'ensemble des leviers fiscaux de la transmission, dans Héritage en France : comment éviter que les droits de succession détruisent votre patrimoine, un entretien entre Rémi de Truchis de Varennes et Christophe Faglin publié sur la chaîne Parlons Long Terme.

Un point mérite particulièrement leur attention : les contrats d'assurance-vie anciens et leurs clauses bénéficiaires. Un contrat ouvert avant le 20 novembre 1991, ou une clause qui oppose conjoint et enfants, peut représenter des économies considérables.
Avec ses enfants : en parler ou non ?
Il n'y a pas de bonne réponse universelle. Certaines familles associent leurs enfants très tôt aux décisions patrimoniales, d'autres non. Cela dépend de la culture familiale, de l'âge et de la maturité de chacun.
Quelques repères aident à décider :
- Expliquer ses choix évite les malentendus. Pourquoi tel enfant a reçu tel bien, pourquoi on a choisi l'indivision ou des lots séparés. Une fois parti, on ne peut plus rien expliquer. Voir donation-partage ou donation simple.
- On peut transmettre sans tout livrer. Une donation peut prévoir que les fonds ne seront disponibles qu'à 25 ans, ou réservés à l'achat d'une résidence principale.
- L'éducation financière se transmet aussi. Dans beaucoup de familles aristocratiques ou entrepreneuriales, il existe une culture familiale forte (cousinades, traditions) mais le patrimoine reste un sujet non abordé. C'est souvent là que les choses se perdent d'une génération à l'autre.
Les bons moments pour ouvrir la discussion
Plutôt qu'un âge, ce sont des moments de vie qui doivent déclencher la réflexion :
- un mariage ou un Pacs ;
- la naissance d'un enfant ;
- la création ou la cession d'une entreprise ;
- un projet international ou une expatriation ;
- une succession reçue, qui rappelle à chacun l'importance du sujet.
Une fois la stratégie posée, il suffit d'y revenir tous les cinq ans environ, une heure ou deux, pour l'adapter aux évolutions de la famille et de la fiscalité.
Un enjeu historique
Dans les vingt prochaines années, une part historique du patrimoine français va changer de mains, avec la transmission du patrimoine des baby-boomers. Les familles qui auront anticipé transmettront beaucoup plus, et dans de meilleures conditions.
Rappelons-le : l'argent que l'on transmet a déjà supporté l'impôt sur le revenu et les charges sociales. Le préserver est légitime.
En résumé
- Le principal frein à la transmission est psychologique, pas technique.
- Avec ses parents, proposer un audit patrimonial plutôt qu'un audit successoral.
- Avec ses enfants, expliquer ses choix et adapter la transmission à leur maturité.
- Réexaminer sa stratégie tous les cinq ans.
Questions fréquentes
Comment parler de succession avec ses parents ?
En leur proposant un audit patrimonial global plutôt qu'un audit successoral. La question de la transmission y est présentée parmi d'autres, et ils l'abordent d'eux-mêmes s'ils le souhaitent.
Faut-il parler de son patrimoine à ses enfants ?
Il n'y a pas de règle unique. Expliquer ses choix évite les malentendus, et des clauses permettent d'adapter une donation à la maturité de chaque enfant.
À quel moment préparer sa succession ?
À chaque étape de vie : mariage ou Pacs, naissance, création ou cession d'entreprise, expatriation. Puis environ tous les cinq ans.
Sources
- Articles 912 et suivants du Code civil (réserve héréditaire)
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À propos de l'auteur
Rémi de Truchis de Varennes est investisseur et entrepreneur, cofondateur et actionnaire de PLT Family Office. Cofondateur de Coding Capital, un groupe de logiciels dédiés à l'investissement, et d'IPO Arena, il est chroniqueur sur BFM Business et auteur de Surperformez en bourse avec les small caps. Les conseils aux familles sont délivrés par Christophe Faglin et Sébastien Valton, conseillers en investissements financiers. Voir sa page auteur.
Contenu à visée pédagogique, ne constituant pas un conseil juridique ou fiscal.
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